Gina Burke and her family.

Quand Gina Burke a entrepris sa carrière de pompière à St. John’s, Terre-Neuve-et-Labrador, en 1992, la décontamination se pratiquait après une intervention relative aux matières dangereuses mais non après un incendie.

« Quand je suis entrée au service d’incendie et de secours de St. John’s, les pompiers portaient leurs tenues souillées comme si elles étaient des tableaux d’honneur affichant toutes les interventions auxquelles ils avaient participé », a-t-elle écrit en 2023. « Pour nettoyer sa tenue, on l’apportait à la maison et on la lavait dans son propre lave-linge. Vous pouvez imaginer les expositions que cela causait. »

En 2014, quand la consœur Burke avait 44 ans et travaillait pour le service d’incendie depuis 22 ans, un auto-examen de routine a révélé une masse dans le haut de l’extérieur de son sein droit. Il a fallu deux mois avant qu’elle puisse subir une mammographie, après laquelle elle a subi une échographie, suivie d’une biopsie qui a confirmé la présence d’un carcinome canalaire infiltrant de grade 2 avec caractéristiques lobulaires.

Un mois plus tard, elle a subi une double mastectomie. Celle-ci a été suivie de six cycles de chimiothérapie et de 24 cycles de radiothérapie. Elle a dit que c’était « mourir afin de vivre ».

Madame Burke a pu prendre une année de congé pour se rétablir de sa lutte contre le cancer avec l’approbation de la direction, profitant des « excellents avantages sociaux que nous avons dans la section locale 1075 ». Mais elle affirme que sa mère l’a beaucoup aidée, comme son mari Barry, également pompier de St. John’s, qui a pris soin de leurs deux enfants et effectué des quarts de travail supplémentaires qu’elle a pu prendre en congé compensateur.

Elle est rentrée au travail en septembre 2015, en même temps qu’elle entreprenait sept années de thérapie au tamoxifène, médicament employé pour traiter le cancer du sein à récepteurs hormonaux positifs à tous les stades chez les femmes comme chez les hommes. En octobre 2022, enfin libérée de son cancer et de ses traitements, elle a vécu l’expérience « douce-amère » de « rompre avec son oncologue », qu’elle considère maintenant comme un ami.

Aujourd’hui, elle se sent bien et s’estime débarrassée du cancer.

Bien que le cancer du sein compte parmi les 19 cancers actuellement assujettis à la loi sur la couverture présomptive de Terre-Neuve-et-Labrador, la province n’a établi cette couverture qu’en 2016, soit deux années après que le diagnostic de la consœur Burke a été posé. Avec l’aide de Jim O’Toole, membre du conseil exécutif de la section locale 1075 de St. John’s, et du vice-président du 15e district David Burry, une demande d’indemnisation a été présentée à Workplace NL. Cette demande, initialement rejetée, a été approuvée en appel. Les modalités de l’indemnisation sont en voie d’établissement.

Gina Burke and fellow fire fighters.

Madame Burke constate l’utilité de la couverture présomptive pour les personnes qui se font diagnostiquer des cancers professionnels. « Au moins, maintenant, on n’a pas à se sentir comme si on mendiait pour obtenir de l’aide. L’aide est là et il est reconnu qu’on risque notre vie », dit-elle, ajoutant

que la section locale 1075 a accompli un excellent travail en mettant l’accent sur la santé et la sécurité des pompiers et pompières et la législation assurant une couverture présomptive.

La consœur Burke partage généreusement son expérience avec d’autres quand l’occasion s’en présente afin d’aider à souligner l’importance de la prévention et de la détection précoce. « Oui, je parle à toute femme en tout temps, pas seulement à la caserne mais aussi avec ma fille et ses amies ou à des groupes sportifs. Je suis une personne réservée mais si je peux en aider une autre à éviter ne serait-ce qu’un dixième de la procédure, je trouve que ça vaut la peine. Occupez-vous des petites choses et les grandes se feront d’elles-mêmes. »

Elle accueille la prise de conscience au sujet de l’importance de pratiques comme la réduction au minimum des contacts avec des tenues sales, qui peuvent propager des toxines si elles sont lavées à la maison ou à la laverie automatique. « Rétrospectivement, je me dis ‘mais qu’est-ce que nous faisions?’. Mais quand je suis arrivée, nous avions six casernes et une seule avait une machine à laver le linge. Les choses ont changé, les gens sont plus conscients des dangers à la caserne, comme les gaz d’échappement et les SPFA dans la tenue d’intervention. »

Elle se réjouit en outre de la prise de conscience au sujet de l’utilisation appropriée de l’APRA. « Il y a des années, quand j’ai commencé à exercer mes fonctions, il était peu probable qu’on porte l’APRA pendant la remise en service. Nous étions insouciants à ce moment-là. Maintenant, tout le monde sait ce qui peut se passer. Nous sommes plus sensibilisés, plus diligents et plus soucieux de la sécurité. »

Malgré son expérience du cancer professionnel, madame Burke garde les choses en perspective et demeure positive. « Je n’ai jamais jeté de blâme. Les délais m’ont exaspérée, le fait qu’il m’a fallu une année pour me rétablir », dit-elle. « Je savais que ce serait difficile, mais j’ignoras que ça allait changer ma vie. Je n’ai pas de ressentiment pour autant. Et j’adore mon emploi. Je n’ai jamais cessé d’aimer mon emploi. »